INTERVIEW DIGITAL DETOX. Repenser les écrans de manière douce et durable.

Sans crier gare, les nouvelles technologies ont progressivement envahi notre quotidien et l’hyperconnexion est quasiment devenue une seconde nature pour beaucoup d’entre nous. N’est-il pas alors temps de s’offrir une parenthèse de sevrage en faisant une détox digitale ? Mais par où commencer ? Comment se positionner ? En est-on capable ? J’ai donc choisi d’interviewer Jessica Rolland, social media manager, blogueuse et auteure de Objectif Digital Detox – Pourquoi et comment se déconnecter intelligemment, afin qu’elle nous livre quelques conseils pour faire le point et oser se lancer.

En quelques mots, pouvez-vous m’expliquer votre parcours ? Qu’est-ce qui vous a amené à vous intéresser à la détox digitale et à en faire un livre ?

Je suis Jessica, j’ai 34 ans, et je suis tombée dans la marmite du web quand j’avais 15 ans : quand le premier ordinateur connecté à internet est arrivé chez mes parents ! Ça a été une révolution dans ma vie scolaire et amicale : je n’ai plus beaucoup mis le nez dehors ensuite et je pense être devenue « accro » au web quasi instantanément.

Cela m’a aussi permis de développer des compétences professionnelles dans ce milieu. Après mes études en marketing et gestion des entreprises, je suis devenue assez naturellement Social Media Manager.

Je me suis intéressée de très près à la détox digitale après avoir eu ma fille. Je sentais que mon addiction au web et aux écrans allait à contre-courant de l’éducation et de l’attention que je voulais lui porter… Mais le mal était déjà fait, elle souffrait régulièrement de mon manque de concentration et du métier que j’avais choisi, qui m’astreignait à une vie surconnectée.

Je me sentais seule et prisonnière de cette situation, alors j’ai lancé un message sur Twitter pour voir si d’autres personnes vivaient des cas similaires à travers un sondage : j’ai reçu 250 réponses et l’idée du livre est apparue ainsi. 

J’avais envie de parler de mon expérience, et de celle des autres à travers ce bouquin !

Nous avons parfois du mal à situer notre niveau d’addiction aux écrans. Pouvez-vous dresser le profil type du “serial-addict” ?

Le serial addict, c’est la personne qu’on connait tous et qu’on est peut-être soi-même : son premier geste le matin est d’attraper son téléphone, de parcourir ses réseaux sociaux, puis d’y documenter sa journée.

Rester éloigné·e de son téléphone, ou pire, ne plus avoir de connexion ou avoir oublié son smartphone à la maison est une grande source d’angoisse.
Passer un repas sans avoir le smartphone à proximité est un calvaire, et tenir une longue conversation ou un film entier sans consulter ses applications et ses réseaux sociaux relève quasiment de la mission impossible.

En revanche, pas d’âge, de milieu ou de sexe dans ce profil type : avec l’étude que j’ai menée pendant l’écriture du livre, il m’est apparu assez clair que tout le monde était potentiellement concerné.

Quels sont les bienfaits de la déconnexion ?

Ils sont multiples. La mémoire et des capacités de concentration réapparaissent progressivement. Les maux de tête et maux de la nuque peuvent s’estomper, et la qualité de sommeil est bien meilleure.

Le moral peut aller mieux, aussi : les réseaux sociaux sont formidables mais à haute dose, ils créent un malaise assez tabou, mais bien présent.

Les sensations et émotions sont plus intenses, on peut aller jusqu’à réapprendre à se connaître et se reconnecter à son corps ! Être rivé·e à son écran rend hélas beaucoup plus sédentaire et distrait·e d’où ce constat.

Photo / Quino Al

Mais se déconnecter, c’est comme se mettre à l’écart, se couper du monde, non ?  

Oui, et c’est pour ça que je suis plutôt contre la déconnexion brutale, complète et définitive.

Vivre à l’écart du monde en vendant son smartphone et en coupant sa connexion internet, c’est illusoire et surtout, c’est se couper de tous les bénéfices qui, utilisés en pleine conscience et avec parcimonie, peuvent faciliter la vie et la rendre plus fun !

Par où commence-t-on pour se déconnecter ? Existe-t-il une “cure de désintox” idéale pour les accros des écrans ?

A mon sens, pour commencer une déconnexion, il faut se rendre compte de ce qui pose problème dans notre usage des écrans.
Je recommande donc de télécharger des applications qui calculent votre temps passé sur les écrans en fonction de vos différents usages (messageries, réseaux sociaux, jeux en ligne….). Apple en fournit d’ailleurs une automatiquement dans ses derniers iPhone, preuve que c’est d’une utilité redoutable !

Personnellement, quand je me suis aperçue il y a quelques années que je débloquais inconsciemment 17 fois par minute (!!!) mon app Facebook pour voir si j’avais des notifications, j’ai pris peur et j’ai choisi d’entamer une démarche de changement douce, mais durable.

Il existe selon moi une cure faite maison idéale : on ne se met pas la pression, on comprend son usage, on se fixe de tout petits objectifs quotidiens pour se détacher de son smartphone ou de son ordinateur, et on attaque ce qu’on appelle une thérapie par la concurrence.

Une thérapie par la concurrence, c’est un travail de fond pour occuper son corps et son esprit à se détourner des écrans en introduisant progressivement de nouvelles habitudes et de nouvelles activités, de nouveaux centres d’intérêts dans sa vie.

Photo / Liam Simpson

Comment faire durer les bonnes habitudes acquises et mieux gérer à long terme nos outils numériques ?

En s’observant beaucoup et en se remettant sans cesse en question.
Honnêtement, je pense que lorsqu’on a véritablement souffert d’addiction numérique, on a toujours un risque de « retomber » dans un usage nocif et excessif de nos outils… Et c’est bien normal, tout est fait pour que l’on y passe un maximum de temps.

En revanche, lorsqu’on comprend assez tôt qu’on ne veut pas entrer dans cette problématique, il est important de s’occuper de soi et de l’équilibre de sa vie en général.

En fait, avoir une vie saine est un excellent remède à une surconnexion chronique (une vie sociale rythmée – mais pas trop, une bonne dose de sommeil, une écoute attentive de ses besoins et de ses émotions, une alimentation qui nous correspond, un évitement de la sédentarité…).

C’est avec cette trame de fond que l’usage de nos outils numériques finit par se réguler, si on a décidé d’instaurer des habitudes pour moins les utiliser, ou en tout cas, de les utiliser plus intelligemment. 

Comment aider nos enfants et nos ados à réguler leur temps d’écrans ? À quel moment peuvent-ils devenir autonomes ?

Une chose me paraît évidente : la génération qui devient adolescente aujourd’hui n’est pas connectée par choix, mais connectée culturellement.
Supprimer leur smartphone serait impossible. Ce serait les écarter de la vie que la grande majorité de leurs ami·es mène, et cela les couperait d’une vie sociale équilibrée. De plus, le divertissement sur les écrans « traditionnels » ne les intéresse pas vraiment.

Ils consomment désormais des vidéos courtes sur Youtube (entre autres) et ne réagissent plus aux mêmes contenus que les autres générations.
Et c’est tant mieux ! Ce qu’ils écoutent, regardent et vivent est parfois passionnant, si on prend la peine de s’y intéresser aussi.

Les aider signifie donc les comprendre sincèrement et leur accorder du temps pour gérer leur vie sociale, leurs divertissements sur écrans, et s’y intéresser aussi, sans critiquer à tout bout de champ…

Mais cela signifie aussi mettre des limites, pour instaurer du temps de créativité, de sport, et du temps de qualité en famille, sans écrans.
Dans ce cas, tout le monde doit jouer le jeu : je vois trop de parents hurler à leurs enfants de ne pas regarder leur Nintendo DS ou leur iPhone à table, mais se permettre de répondre au téléphone ou de regarder la TV en mangeant sous prétexte que ce sont eux les adultes et qu’ils en ont le droit…
Tous dans le même bateau, avec des droits et des limites, c’est le meilleur exemple à donner, je suppose.

Pour aller plus loin :

Découvrez le livre de Jessica Rolland Objectif digital Detox, Pourquoi et comment se déconnecter intelligemment disponible sur le site des Éditions Kawa ou dans votre librairie préférée.

Il existe, bien sûr, d’autres livres sur le sujet, en voici quelques-uns pour repenser notre utilisation des outils numériques :

Vous pouvez aussi trouver de nombreux articles abordant le sujet de la détox digitale sur le web. Si il ne fallait en retenir qu’un, je vous conseillerais de lire le témoignage inspirant d’Ophélie Véron qui nous donne clairement envie de repenser notre usage des écrans.

Bonne déconnexion !

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